Adresse IP d’un téléphone : la trouver et la comprendre

Un téléphone porte au moins deux adresses IP : une adresse privée attribuée par le réseau auquel il est connecté (typiquement 192.168.x.x derrière une box) et une adresse publique, celle de la box ou de l'opérateur mobile, qui est la seule visible par les sites que vous consultez. En 4G et 5G, cette adresse publique est le plus souvent partagée avec d'autres abonnés via du CGNAT, ce qui la rend peu exploitable pour identifier une personne.

Votre téléphone a deux adresses IP

Ouvrez les réglages Wi-Fi de votre smartphone : vous y lisez quelque chose comme 192.168.1.42. Ouvrez ensuite un site qui affiche votre IP publique : le résultat n'a rien à voir. Les deux sont pourtant justes. La première est l'adresse privée que la box a attribuée à votre téléphone sur le réseau local, la seconde est l'adresse publique par laquelle Internet vous voit.

Les plages privées sont fixées par la RFC 1918 : 10.0.0.0/8, 172.16.0.0/12 et 192.168.0.0/16. Une box grand public pioche presque toujours dans 192.168.x.x et distribue les adresses en DHCP, avec un bail souvent réglé sur 12 ou 24 heures. Votre téléphone conserve donc la même adresse locale tant qu'il reste connecté, et peut en changer après plusieurs jours d'absence ou un redémarrage de la box.

Le NAT de la box traduit ensuite toutes ces adresses privées vers l'unique adresse publique de la ligne. Votre téléphone, votre ordinateur portable et votre téléviseur sortent donc sous la même identité. Un site qui vous bannit par IP bannit du même coup tout le foyer.

Où la lire sur Android et iPhone

Le chemin dépend de la surcouche du constructeur, mais l'information se trouve toujours dans les informations d'état de l'appareil ou dans le détail du réseau Wi-Fi.

En données mobiles, c'est moins direct. iOS n'affiche nulle part l'adresse de l'interface cellulaire. Android la montre dans la même page d'état, souvent avec une adresse IPv6 longue à côté de l'IPv4. Le plus rapide reste de demander à un serveur extérieur ce qu'il voit : depuis Termux, `curl -4 ifconfig.me` renvoie l'IPv4 publique et `curl -6 ifconfig.me` l'IPv6. Sans application, n'importe quelle page de test d'adresse IP donne la même réponse.

Comparez les deux valeurs. Si l'adresse affichée dans les réglages diffère de celle que voit le serveur, vous êtes derrière du NAT, ce qui est le cas normal en Wi-Fi domestique et très fréquent en mobile.

  • Android (Pixel, AOSP) : Paramètres > À propos du téléphone > Informations sur l'état > Adresse IP
  • Samsung : Paramètres > À propos du téléphone > État > Adresse IP
  • iPhone et iPad : Réglages > Wi-Fi > bouton (i) à droite du réseau > rubrique Adresse IP, onglet DHCP
  • Depuis la box : la liste des appareils connectés affiche le téléphone, son nom réseau et l'adresse louée par le DHCP

En 4G et 5G, l’adresse n’est pas vraiment la vôtre

L'IPv4 publique étant épuisée, la plupart des opérateurs mobiles ne donnent plus une adresse par abonné. Ils placent les clients derrière un Carrier Grade NAT et leur attribuent une adresse issue de 100.64.0.0/10, l'espace partagé défini par la RFC 6598, soit 4 194 304 adresses réservées à cet usage. Chaque abonné reçoit une plage de ports sur une adresse publique commune, et l'opérateur note qui utilisait quel port à quel instant.

Les conséquences sont concrètes : aucune connexion entrante n'est possible, donc pas de redirection de port, pas de serveur joignable depuis l'extérieur, et un NAT de type strict dans les jeux en ligne. Les captchas à répétition en 4G viennent souvent de là : l'adresse partagée a été signalée à cause d'un autre abonné.

IPv6 corrige ce point. Sur les réseaux mobiles, le terminal reçoit un préfixe /64 dédié à sa connexion, conformément au fonctionnement décrit dans la RFC 6459. L'adresse IPv6 de votre téléphone est alors unique et publique, ce qui change la donne pour la vie privée : elle n'est plus noyée dans un pool partagé.

PlageRôleOù vous la rencontrez
192.168.0.0/16Réseau local privé (RFC 1918)Wi-Fi domestique, derrière la box
10.0.0.0/8Réseau local privé (RFC 1918)Wi-Fi d'entreprise, réseaux d'opérateur
100.64.0.0/10Espace partagé pour CGNAT (RFC 6598)Données mobiles, 4 194 304 adresses réservées
169.254.0.0/16Auto-attribution quand le DHCP ne répond pas (RFC 3927)Wi-Fi connecté mais sans accès à Internet
Préfixe /64 IPv6Préfixe attribué à la connexion mobile (RFC 6459)4G et 5G, visible dans l'état du téléphone

Ce qu’on peut réellement déduire d’une IP de téléphone

Une adresse IP mobile ne donne pas une position. Les bases de géolocalisation associent la plage au point de sortie du réseau de l'opérateur, qui peut se trouver à plusieurs centaines de kilomètres de l'utilisateur. Testez depuis votre propre forfait : il arrive que le résultat affiche une ville où vous n'avez jamais mis les pieds. En Wi-Fi, la précision est meilleure parce que l'IP publique est celle d'une ligne fixe rattachée à un central, mais elle reste au niveau de la commune, jamais de la rue.

Il n'existe aucun lien technique entre un numéro de téléphone et une adresse IP. On ne remonte pas de l'un à l'autre, ni dans un sens ni dans l'autre. Seul l'opérateur dispose de la correspondance entre l'abonné et la session réseau, et il ne la communique que sur réquisition judiciaire.

Avec le CGNAT, l'adresse seule ne suffit d'ailleurs plus à identifier une session. Il faut y ajouter le port source et un horodatage précis à la seconde. Sans ces deux éléments, une demande d'identification portant sur une IP mobile pointe vers un groupe d'abonnés, pas vers une personne.

IP, MAC, IMEI, numéro : quatre identifiants différents

La confusion la plus fréquente oppose l'adresse IP et l'adresse MAC. La première identifie une position sur un réseau et change avec le réseau. La seconde identifie la puce Wi-Fi elle-même, sur 48 bits, et ne franchit jamais le routeur : un site web ne peut pas la lire. Depuis iOS 14 et Android 10, le téléphone présente en plus une adresse MAC aléatoire différente par réseau, ce qui casse le pistage en boutique mais surprend les administrateurs qui filtrent par MAC.

Un cas de panne éclaire bien la différence. Quand les appels Wi-Fi sont actifs, le téléphone monte un tunnel IPsec en IKEv2 vers la passerelle ePDG de l'opérateur, en utilisant l'adresse IP fournie par votre box. Si le routeur ou le pare-feu bloque l'UDP 500 et l'UDP 4500, le tunnel ne s'établit pas : la 4G fonctionne, le Wi-Fi fonctionne, mais les appels Wi-Fi restent indisponibles sans message d'erreur clair.

IdentifiantCe qu'il désignePortéeChange-t-il ?
Adresse IPLa connexion en coursVisible des serveurs contactésÀ chaque changement de réseau
Adresse MACL'interface Wi-Fi (48 bits)Réseau local uniquementAléatoire par réseau depuis iOS 14 et Android 10
IMEILe matériel (15 chiffres)Connu de l'opérateurNon, il est gravé dans l'appareil
Numéro de téléphoneL'abonnementRéseau téléphoniquePortable d'un opérateur à l'autre

Testez vos connaissances

Quiz rapide Question 1 sur 3

Quelle plage d'adresses trahit un partage d'IP par CGNAT chez un opérateur mobile ?

Questions fréquentes

Peut-on retrouver une personne avec l’adresse IP de son téléphone ?

Non, pas à partir de l'adresse seule. En mobile, elle est partagée entre plusieurs abonnés par le CGNAT et pointe vers le point de sortie de l'opérateur, parfois très loin de l'utilisateur. Seul l'opérateur peut faire le lien avec un abonné, sur réquisition judiciaire, et il lui faut aussi le port source et l'horodatage exact de la connexion.

Comment connaître l’adresse IP publique de mon téléphone en 4G ?

Les réglages n'affichent que l'adresse attribuée par le réseau de l'opérateur, souvent privée. Pour connaître celle que voient les sites, visitez une page de test d'adresse IP en coupant le Wi-Fi, ou lancez `curl -4 ifconfig.me` depuis Termux. Si les deux valeurs diffèrent, vous êtes derrière un CGNAT.

Pourquoi mon téléphone affiche-t-il une adresse en 169.254.x.x ?

Parce qu'aucun serveur DHCP ne lui a répondu. Le téléphone s'attribue alors lui-même une adresse de lien local selon la RFC 3927. Le Wi-Fi apparaît connecté mais rien ne passe. Redémarrez la box, oubliez le réseau puis reconnectez-vous, et vérifiez que le DHCP est bien actif sur le routeur.

Un VPN change-t-il l’adresse IP du téléphone ?

Il change celle que voient les sites, pas celle de votre réseau local. Le téléphone conserve son 192.168.x.x en Wi-Fi, reçoit une adresse supplémentaire sur l'interface du tunnel, et son trafic ressort avec l'IP publique du serveur VPN.

L’adresse IP de mon téléphone change-t-elle tout le temps ?

L'adresse locale reste stable tant que le bail DHCP est renouvelé. L'adresse publique mobile, elle, peut changer en coupant les données, en activant le mode avion ou en passant d'un réseau à l'autre. Elle n'est jamais un identifiant fiable dans la durée.

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