Changer d’adresse IP : ce qui marche vraiment

Vous avez deux adresses IP à la fois, une locale distribuée par votre box et une publique attribuée par votre FAI, et elles ne se changent pas de la même manière. La locale se renouvelle en une commande, la publique dépend du bail DHCP de votre opérateur, du CGN et parfois d'un simple mode avion.

Locale ou publique : deux adresses, deux méthodes

Ouvrez les paramètres réseau de votre PC : vous lisez quelque chose comme 192.168.1.42. Ouvrez maintenant un site qui affiche votre IP : il montre 90.x.x.x ou 2a01:cb0f:... Les deux sont vos adresses IP. La première ne sort jamais de votre logement, la seconde est celle que voient tous les serveurs que vous contactez.

L'adresse locale est distribuée par le serveur DHCP intégré à votre box, dans une des plages privées réservées par la RFC 1918 : 10.0.0.0/8, 172.16.0.0/12 et 192.168.0.0/16. Ces plages ne sont pas routées sur Internet, aucun opérateur ne les propage. La changer n'a strictement aucun effet sur ce qu'un site web enregistre dans ses logs.

L'adresse publique est celle que votre FAI pose sur l'interface WAN de la box. C'est elle qui vous identifie côté serveur, elle qui déclenche un bannissement de forum, elle qui apparaît dans un fichier de connexion. Quand quelqu'un dit vouloir changer son IP, c'est presque toujours de celle-là qu'il parle.

CritèreIP locale (LAN)IP publique (WAN)
Attribuée parLe serveur DHCP de la boxLe FAI, sur l'interface WAN
Plages typiques192.168.0.0/16, 10.0.0.0/8, 172.16.0.0/12 (RFC 1918)IPv4 routable, ou 100.64.0.0/10 derrière un CGN
Qui la voitLes autres appareils de votre réseauTous les serveurs que vous contactez
Comment la changeripconfig /renew, dhclient, ou IP statiqueNouveau bail FAI, MAC WAN, réseau mobile, VPN
Effet sur ce que voient les sitesAucunTotal

Renouveler le bail DHCP côté machine

Le protocole DHCP (RFC 2131) fonctionne par bail : le client diffuse un DISCOVER, le serveur répond OFFER, le client émet un REQUEST, le serveur confirme par ACK. Ces échanges circulent en UDP, port 67 côté serveur et 68 côté client. Libérer puis redemander un bail prend deux commandes.

Attendez-vous à récupérer exactement la même adresse. Les serveurs DHCP des box conservent l'association entre l'adresse MAC de votre carte et l'IP attribuée, souvent pendant des jours. Pour obtenir un autre numéro, il faut supprimer la réservation dans l'interface d'administration de la box, ou configurer une IP statique hors de la plage DHCP. Si votre box distribue de 192.168.1.10 à 192.168.1.150, prenez 192.168.1.200 et vous évitez tout conflit.

Un cas qui trompe beaucoup de monde : la machine affiche 169.254.x.x. Ce n'est pas une adresse à changer, c'est une adresse d'auto-configuration définie par la RFC 3927, choisie par le système quand aucun serveur DHCP ne lui a répondu. Le problème est en amont : câble, port du switch, service DHCP arrêté sur la box.

  • Windows, invite de commandes en administrateur : ipconfig /release puis ipconfig /renew
  • Linux avec dhclient : sudo dhclient -r enp3s0 puis sudo dhclient enp3s0
  • Linux avec NetworkManager : nmcli con down 'Filaire 1' puis nmcli con up 'Filaire 1'
  • macOS : sudo ipconfig set en0 DHCP, ou Réglages Système, Réseau, Détails, TCP/IP, Renouveler le bail DHCP
  • Android et iOS : oubliez le réseau Wi-Fi dans les réglages, puis reconnectez-vous
  • Contrôle du résultat : ip addr show, ipconfig /all ou ifconfig selon le système

Obtenir une nouvelle IP publique sur une ligne fixe

Le réflexe habituel consiste à redémarrer la box. Ça fonctionne parfois, rarement de façon fiable. Au redémarrage, la box redemande un bail à l'infrastructure du FAI en présentant le même identifiant client (option 61 du DHCP) ou la même adresse MAC WAN. Le serveur reconnaît l'abonné et lui rend son adresse précédente.

Ce qui augmente les chances : laisser la box débranchée assez longtemps pour que le bail expire côté opérateur. Comptez plusieurs heures, une nuit complète dans le doute. Autre levier sur un routeur que vous contrôlez (OpenWrt, pfSense, certains modèles grand public) : changer l'adresse MAC de l'interface WAN, ce qui fait passer votre routeur pour un nouvel équipement. Attention, sur les accès authentifiés en PPPoE avec identifiant et mot de passe, l'adresse MAC ne joue aucun rôle et la manipulation ne sert à rien.

Chez Free, l'IPv4 est historiquement fixe et rattachée à la ligne : redémarrer la Freebox ne changera rien. Une partie des abonnés reçoit désormais une IPv4 partagée avec une plage de ports dédiée, et l'IPv4 dédiée (full-stack) se demande depuis l'espace abonné. Chez les autres opérateurs grand public l'adresse est dynamique sur le papier, mais elle reste souvent stable pendant des semaines. Une IP fixe garantie relève en général des offres professionnelles.

Mesurez avant et après, sinon vous ne saurez pas si la manipulation a produit un effet. Notez la valeur retournée par une des commandes ci-dessous, faites votre opération, relancez la même commande.

  • curl -4 https://ifconfig.me pour l'IPv4 publique
  • curl -6 https://ifconfig.me pour l'IPv6 réellement utilisée en sortie
  • dig +short myip.opendns.com @resolver1.opendns.com, qui interroge un résolveur renvoyant l'IP source de la requête

4G, 5G et CGN : l’adresse publique n’est pas la vôtre

Sur un réseau mobile, et sur certaines offres fixes, l'opérateur place ses abonnés derrière un CGN (Carrier-Grade NAT). Votre terminal reçoit alors une adresse prise dans 100.64.0.0/10, une plage réservée par la RFC 6598 pour cet usage précis. Elle n'est ni privée au sens de la RFC 1918, ni publique. Des centaines d'abonnés sortent ensuite derrière une même IPv4 publique.

La conséquence pratique est double. D'un côté, changer d'IP publique devient trivial : activez le mode avion une trentaine de secondes, désactivez-le, et le rattachement au réseau vous donne très souvent une autre adresse de sortie. C'est la méthode la plus rapide qui existe. De l'autre, vous ne pouvez plus recevoir de connexion entrante. Pas de redirection de port, pas de serveur auto-hébergé, pas de caméra accessible depuis l'extérieur, pas de P2P en mode actif, sauf à passer par IPv6 ou par un tunnel sortant.

Un partage de connexion depuis un smartphone reste donc le moyen le plus simple de se présenter sous une autre IPv4 sans installer quoi que ce soit. À condition d'accepter que cette IPv4 soit mutualisée, et donc parfois déjà réputée douteuse à cause d'un autre abonné.

VPN, proxy, Tor : masquer plutôt que changer

Un VPN ne modifie pas l'adresse que votre FAI vous a attribuée. Il encapsule votre trafic vers un serveur distant, qui relaie vos requêtes avec sa propre adresse. Vue depuis un site web, votre IP a changé. Vue depuis votre opérateur, rien n'a bougé : il voit toujours votre adresse réelle, et il voit qu'elle parle à un serveur VPN. Vous déplacez la confiance, vous ne la supprimez pas.

Un proxy HTTP configuré dans le navigateur n'agit que sur ce navigateur. Le client de messagerie, les mises à jour du système, une application mobile en arrière-plan continuent de sortir en direct. Tor fait transiter le trafic par trois relais et vous fait sortir sous l'IP d'un nœud de sortie, au prix d'une latence forte et de nombreux blocages, les listes de nœuds de sortie étant publiques.

Quatre points de fuite reviennent tout le temps quand on croit avoir changé d'adresse et qu'on n'a rien changé du tout.

  • IPv6 : si le tunnel ne transporte que l'IPv4 alors que votre ligne dispose d'IPv6 natif, les sites compatibles voient votre IPv6 réelle, celle de votre FAI
  • DNS : les requêtes partent vers le résolveur de l'opérateur hors du tunnel, ce qui trahit votre fournisseur d'accès et vos destinations
  • WebRTC : le navigateur peut exposer l'adresse locale et l'adresse publique via les candidats ICE
  • Coupure du tunnel : sans kill switch, quelques secondes de reconnexion suffisent à laisser passer du trafic en clair sous votre vraie adresse

IPv6 : une partie de l’adresse change déjà toute seule

En IPv6, votre FAI délègue un préfixe à votre box, en général un /56 découpé en sous-réseaux /64. Chaque machine se fabrique ensuite sa propre adresse dans ce /64. Les extensions de confidentialité décrites par la RFC 8981, qui remplace la RFC 4941, génèrent des adresses temporaires renouvelées régulièrement : la valeur par défaut du document est d'un jour de durée préférée et de deux jours de validité. Windows les active par défaut.

Voilà le piège. Ces adresses temporaires ne font varier que les 64 bits de droite. Le préfixe délégué, lui, reste souvent identique pendant des mois et identifie votre ligne aussi précisément qu'une IPv4 fixe. Un site qui journalise les 64 premiers bits sait toujours à qui il parle, même si l'adresse complète a changé trois fois dans la journée.

Pour vérifier ou forcer le comportement : sur Linux, sysctl net.ipv6.conf.all.use_tempaddr renvoie 2 quand les adresses temporaires sont préférées. Sur Windows, netsh interface ipv6 show global affiche l'état de randomizeidentifiers, que l'on bascule avec netsh interface ipv6 set global randomizeidentifiers=enabled.

Questions fréquentes

Redémarrer ma box change-t-il mon adresse IP publique ?

Souvent non. Le serveur DHCP de l'opérateur reconnaît votre équipement à son identifiant client ou à son adresse MAC WAN et lui rend le même bail. Chez Free, l'IPv4 est rattachée à la ligne, le redémarrage n'y changera rien. Chez les opérateurs qui attribuent des adresses dynamiques, il faut que le bail ait expiré, ce qui suppose de laisser la box hors tension plusieurs heures.

Pourquoi ipconfig /renew me redonne exactement la même adresse ?

Parce que le serveur DHCP de votre box a mémorisé l'association entre l'adresse MAC de votre carte réseau et l'IP qu'il vous avait attribuée. Il vous la réattribue tant que le bail n'a pas été purgé. Supprimez la réservation dans l'interface d'administration de la box, ou définissez une adresse statique en dehors de la plage distribuée par le DHCP.

Changer d’IP permet-il de contourner un bannissement ?

Cela dépend de ce sur quoi porte le bannissement. Beaucoup de plateformes combinent l'adresse IP avec des cookies, un identifiant de compte, une empreinte de navigateur ou un numéro de téléphone vérifié. Changer d'adresse ne touche qu'un signal parmi plusieurs. Sur un service qui bannit uniquement par IP, un partage de connexion mobile suffit en général. Et contourner une exclusion reste une violation des conditions d'utilisation du service.

Est-il légal de changer son adresse IP en France ?

Oui. Renouveler un bail DHCP, redémarrer sa box ou utiliser un VPN sont des opérations parfaitement licites. Ce qui compte, c'est l'usage : un changement d'IP destiné à commettre une infraction ou à contourner une mesure judiciaire ne devient pas licite parce que la manipulation technique l'est. Les opérateurs conservent par ailleurs les journaux de rattachement, une adresse partagée n'est pas une adresse anonyme.

Quelle est la méthode la plus rapide pour obtenir une autre IP publique ?

Le mode avion sur un smartphone en 4G ou 5G, activé une trentaine de secondes. Le rattachement au réseau passe généralement par une autre adresse de sortie du CGN opérateur. Vérifiez avec curl -4 https://ifconfig.me avant et après. En contrepartie, vous héritez d'une IPv4 mutualisée et vous perdez toute possibilité de connexion entrante.

Comment obtenir une IP fixe plutôt que d’en changer ?

Chez Free, l'IPv4 dédiée dite full-stack se demande depuis l'espace abonné quand la ligne est en IPv4 partagée. Chez les autres opérateurs grand public, l'IP fixe relève des offres professionnelles, en option payante. Une solution intermédiaire pour l'auto-hébergement consiste à utiliser un service de DNS dynamique, qui met à jour un enregistrement A à chaque changement d'adresse.

Testez vos connaissances

Quiz rapide Question 1 sur 3

Vous redémarrez votre box et l'adresse IP publique reste identique. L'explication la plus courante ?

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