Peut-on avoir une adresse IP fixe gratuitement ?

Une IPv4 publique fixe et gratuite n'existe en France que dans un cas courant : l'option IPv4 full-stack de Free, à activer soi-même depuis Freebox OS. Ailleurs, la gratuité passe par un détour (DNS dynamique, IPv6, bail DHCP réservé) qui donne une adresse joignable en permanence, pas une IP fixe au sens contractuel.

Trois demandes différentes derrière le même mot

Deux d'entre elles sont déjà gratuites.

L'IP publique attribuée par le fournisseur d'accès est celle que voient les serveurs que vous contactez. C'est la seule qui se facture, parce qu'elle consomme une ressource épuisée : le RIPE NCC a distribué ses dernières IPv4 disponibles le 25 novembre 2019, et depuis, un opérateur qui vous en dédie une la retire de son propre stock. L'adresse privée de votre machine sur le réseau local, à l'inverse, vit dans les plages de la RFC 1918 (10.0.0.0/8, 172.16.0.0/12, 192.168.0.0/16) et n'intéresse personne d'autre que vous, donc la figer ne coûte rien.

Reste le troisième cas, presque jamais formulé comme tel : vous voulez atteindre votre NAS, votre caméra ou votre serveur de jeu depuis l'extérieur, avec une adresse qui ne bouge pas. Ce n'est pas une IP fixe qu'il vous faut, c'est un nom stable.

Cette confusion coûte plus d'heures que le problème lui-même.

  • IP publique fixe : payante à peu près partout, sauf chez Free.
  • IP privée fixe : gratuite, se règle en deux minutes sur la box, et c'est ce que veulent la plupart des gens qui cherchent à imprimer sur le bon réseau ou à ouvrir un port vers la bonne machine.
  • Nom d'hôte qui suit une IP changeante : gratuit via un service de DNS dynamique.

Chez les FAI français : ce qui est offert, ce qui est facturé

Free est l'exception utile. Depuis 2022, les nouvelles lignes partagent une même IPv4 entre plusieurs abonnés, chacun ne recevant qu'une fraction des 65 535 ports TCP et UDP, ce qui interdit d'ouvrir le port 443 ou le port 25565. La console Freebox OS permet de réclamer une IPv4 full-stack, c'est-à-dire une adresse entière et dédiée, sans supplément : Paramètres de la Freebox, puis Mode réseau. La demande est prise en compte au redémarrage suivant, sous réserve de disponibilité.

Chez les autres, l'IP fixe est un argument d'offre professionnelle.

Un test tranche en trente secondes. Comparez l'adresse WAN affichée par l'interface de votre box avec le retour de `curl -4 ifconfig.me` : si les deux diffèrent, ou si la box annonce une adresse comprise entre 100.64.0.0 et 100.127.255.255, vous êtes derrière un CGNAT, cette plage étant réservée à cet usage par la RFC 6598. Aucune redirection de port ne fonctionnera dans cette configuration, quelle que soit la somme que vous seriez prêt à mettre chez cet opérateur.

C'est la situation par défaut sur les forfaits mobiles et les box 4G.

AccèsIPv4 publique fixe ?Gratuit ?Remarque
Freebox (Free)Oui, option IPv4 full-stackOuiÀ demander dans Freebox OS, effet au redémarrage
Livebox (Orange grand public)Nonsans objetIP dynamique, souvent inchangée pendant des mois
Offres Pro (Orange, SFR, Bouygues)Oui selon l'offreNonIncluse au tarif pro ou vendue en option
Box 4G/5G, forfaits mobilesNonsans objetCGNAT en 100.64.0.0/10, aucun port entrant
VPS chez un hébergeurOuiNonQuelques euros par mois, IP dédiée à l'instance

Le DNS dynamique répond au vrai besoin, gratuitement

Un petit client tourne chez vous, détecte que l'IP publique a changé et met à jour l'enregistrement A du nom que vous avez choisi. La plupart des box embarquent déjà ce client dans leur interface, sous l'intitulé DynDNS ou DNS dynamique ; sinon, ddclient ou une ligne de cron font le travail. DuckDNS offre cinq sous-domaines par compte sans frais et sans expiration. No-IP en donne trois, mais impose de confirmer chaque nom tous les 30 jours, faute de quoi il est supprimé, ce qui explique bien des pannes du dimanche soir. Le TTL de ces enregistrements descend en général à 60 secondes, donc la bascule est quasi immédiate après un changement d'IP.

La mise à jour tient sur une ligne, exécutée toutes les cinq minutes : `curl -s "https://www.duckdns.org/update?domains=monlab&token=VOTRE_TOKEN&ip="`. Le paramètre `ip` laissé vide demande au service d'utiliser l'adresse source de la requête, ce qui évite de la deviner soi-même.

Si vous êtes derrière un CGNAT, tout ceci ne sert à rien : le nom pointera vers une adresse partagée qui ne vous acheminera aucun paquet entrant. Il faut alors une connexion sortante persistante, comme un tunnel Cloudflare ou un réseau maillé de type Tailscale, tous deux dotés d'une offre gratuite, ou un petit VPS servant de point de rendez-vous WireGuard.

Aucun VPN grand public ne vous donne d'IP fixe gratuite ; l'IP dédiée y est toujours une option payante.

L’IP fixe locale : gratuite, et souvent la seule nécessaire

Deux méthodes, et une seule bonne. La réservation DHCP se configure sur la box, associe une adresse à l'adresse MAC de la machine et survit à une réinstallation du système ; la configuration statique se fait sur la machine et l'ignore complètement.

Le cas de panne classique vient du second choix. Vous fixez 192.168.1.50 sur un Raspberry Pi, mais cette adresse appartient à la plage que la box distribue, et trois semaines plus tard elle l'attribue à un téléphone qui vient de se connecter. Symptôme : perte de connectivité intermittente sur les deux appareils, une entrée en double dans `arp -a`, et sous Windows une notification de conflit d'adresse IP. Prenez toujours une adresse située hors de la plage DHCP annoncée par la box, ou faites la réservation côté box.

Le bail lui-même se renouvelle bien avant d'expirer.

La RFC 2131 fixe les temporisations T1 à 50 % de la durée du bail et T2 à 87,5 % : un client qui reste allumé garde donc son adresse presque indéfiniment, même sans réservation. Sur une machine Linux gérée par NetworkManager, la configuration manuelle s'écrit `nmcli con mod 'Wired connection 1' ipv4.method manual ipv4.addresses 192.168.1.50/24 ipv4.gateway 192.168.1.1 ipv4.dns 1.1.1.1` puis un `nmcli con up`. Si le serveur DHCP ne répond plus et qu'aucune adresse n'est configurée, la machine bascule en 169.254.x.x et ne parle plus qu'à son propre segment.

IPv6 : une adresse publique stable sans rien payer

Free et Orange déploient l'IPv6 sur leurs offres fibre depuis longtemps. Votre box reçoit un préfixe délégué, en /56 ou /64 selon l'opérateur, et chaque machine du réseau obtient une adresse globale directement routable. Plus de NAT, plus de redirection de port à bricoler.

Le préfixe reste en pratique le même pendant des mois, mais aucun opérateur grand public ne le garantit contractuellement : c'est la limite honnête de cette solution.

Deux réglages méritent votre attention avant de vous en servir. Les extensions de confidentialité définies par la RFC 8981, qui remplace la RFC 4941, font tourner la partie basse de l'adresse à intervalle régulier ; pour un serveur, désactivez-les ou fixez l'identifiant d'interface, sinon le nom que vous publiez pointera vers une adresse périmée. Et comme il n'y a plus de NAT pour masquer quoi que ce soit, le pare-feu de la box devient la seule barrière : ce qui était implicitement fermé en IPv4 est potentiellement ouvert en IPv6.

Dernier point à connaître : un client resté en IPv4 seul ne joindra jamais une machine publiée uniquement en IPv6, ce qui reste fréquent sur les réseaux d'entreprise.

Questions fréquentes

L’IPv4 full-stack de Free est-elle vraiment sans supplément ?

Oui, la demande se fait depuis Freebox OS (Paramètres de la Freebox, section Mode réseau) et n'entraîne aucune facturation. Elle reste conditionnée à la disponibilité d'une adresse libre chez l'opérateur et n'est appliquée qu'au redémarrage de la box. Tant qu'elle n'est pas active, vous ne disposez que d'une fraction des ports d'une IPv4 partagée.

Comment savoir si je suis derrière un CGNAT ?

Relevez l'adresse WAN dans l'interface de la box et comparez-la au résultat de `curl -4 ifconfig.me`. Si elles diffèrent, ou si la box affiche une adresse dans 100.64.0.0/10 (plage réservée par la RFC 6598), la réponse est oui. Aucune ouverture de port ne fonctionnera, et le DNS dynamique ne changera rien à l'affaire.

Un VPN gratuit peut-il me fournir une IP fixe ?

Non. Les offres gratuites font tourner leurs utilisateurs sur des adresses partagées, ce qui est même leur argument de vente côté confidentialité. L'IP dédiée est vendue en option chez les fournisseurs payants, et elle vous appartient tant que vous payez, pas au-delà.

Faut-il une IP fixe pour héberger un site chez soi ?

Pas si vous avez une IP publique joignable. Un nom mis à jour par DNS dynamique avec un TTL de 60 secondes suffit pour un usage personnel ou une démo. En revanche, beaucoup de fournisseurs de messagerie refusent le courrier venant de plages résidentielles, donc n'installez pas de serveur SMTP sortant sur ce type de ligne.

Une adresse fixe rend-elle ma connexion moins sûre ?

Elle facilite la corrélation de votre trafic dans le temps et rend le balayage de ports plus rentable pour un attaquant, puisque la cible ne se déplace plus. Rien d'insurmontable : n'exposez que les services nécessaires, coupez l'authentification par mot de passe sur SSH, et surveillez les journaux d'accès.

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