L’internet en fibre optique, du NRO jusqu’à votre prise

L'internet en fibre optique transporte les données sous forme d'impulsions lumineuses dans un fil de verre dont le cœur mesure environ 9 µm, depuis le nœud de raccordement optique de l'opérateur jusqu'à une prise murale posée chez vous. En France, la majeure partie du parc repose sur une architecture GPON partagée entre 32 ou 64 abonnés, ce qui explique pourquoi un abonnement annoncé à 1 Gbit/s ne délivre pas 1 Gbit/s en permanence.

FTTH, FTTB, FTTLA : toutes les « fibres » ne se valent pas

Quand un opérateur vend « la fibre », il ne vend pas toujours la même chose. Le seul sigle qui garantit du verre jusque dans le logement est FTTH (Fiber To The Home). Le câble optique se termine alors sur une prise murale appelée PTO, sur laquelle se branche l'ONT, le terminal optique, très souvent intégré à la box.

Le FTTLA, héritier du réseau câblé de Numericable exploité par SFR, amène la fibre jusqu'au dernier amplificateur de rue puis emprunte du câble coaxial sur les dernières dizaines ou centaines de mètres. Le débit descendant peut être confortable, mais le montant reste bridé par le DOCSIS et le segment coaxial est mutualisé à l'échelle du quartier. Le FTTB, lui, s'arrête au pied de l'immeuble et laisse la colonne montante en cuivre ou en Ethernet.

La confusion vient aussi du vocabulaire réglementaire. L'Arcep ne comptabilise en FTTH que les lignes optiques de bout en bout, alors que l'étiquette « très haut débit » désigne simplement tout accès dépassant 30 Mbit/s, câble coaxial et 4G fixe compris. Pour savoir ce qui dessert réellement une adresse, l'outil Ma connexion internet de l'Arcep affiche la technologie disponible bâtiment par bâtiment.

SigleOù s'arrête la fibreDernier segmentDébit montant typique
FTTHDans le logement, sur la PTOAucun, optique de bout en bout300 Mbit/s à 8 Gbit/s
FTTBPied d'immeubleColonne montante cuivre ou EthernetQuelques dizaines à quelques centaines de Mbit/s
FTTLADernier amplificateur de rueCâble coaxial50 à 100 Mbit/s en DOCSIS 3.0
FTTC / FTTdpArmoire de rue ou point de distributionPaire de cuivre en VDSL25 à 40 Mbit/s

Du NRO à la prise : une arborescence, pas un tuyau direct

Votre fibre n'est pas un fil qui va tout droit jusqu'au central. C'est une arborescence à quatre étages, dont voici les points de passage successifs :

  • NRO (nœud de raccordement optique) : le local de l'opérateur d'infrastructure, où sont installés les OLT, les équipements actifs qui pilotent les arbres optiques.
  • PM ou SRO (point de mutualisation) : l'armoire de rue ou le local d'immeuble où les opérateurs commerciaux viennent brasser leurs clients. Il regroupe au moins 300 lignes en zone moins dense.
  • PBO (point de branchement optique) : la boîte en pied d'immeuble, en chambre de tirage ou sur poteau, qui dessert quelques logements.
  • PTO (point de terminaison optique) : la prise murale chez vous, avec son connecteur SC/APC vert poli à 8 degrés.
  • ONT : la terminaison optique, séparée ou intégrée à la box, qui convertit la lumière en Ethernet.

Pourquoi on parle de réseau optique passif

Entre l'OLT du NRO et votre ONT, il n'existe aucun équipement alimenté : uniquement de la fibre, des soudures et des coupleurs optiques. D'où le nom de PON, passive optical network. Un coupleur 1:32 divise la lumière en trente-deux voies et consomme à lui seul environ 17 dB d'atténuation.

La distance compte donc beaucoup moins que le nombre de divisions. Une fibre monomode G.652.D n'atténue que 0,35 dB/km à 1310 nm et environ 0,2 dB/km à 1550 nm : sur les 20 km maximum prévus entre le NRO et la PTO, cela représente 7 dB, à comparer aux 28 dB de budget optique d'une classe B+ dont l'essentiel part dans le coupleur. C'est le taux de couplage qui limite la portée, pas le kilométrage.

La mutualisation impose qu'un seul opérateur d'infrastructure construise le réseau jusqu'au point de mutualisation, les autres louant l'accès au-delà. Changer de fournisseur en FTTH ne demande donc aucun nouveau câble dans la rue, seulement un brassage de jarretière dans l'armoire. Cette opération, réalisée en mode STOC (sous-traitance opérateur commercial), reste la cause la plus fréquente des débranchements accidentels de voisins, un sujet que l'Arcep suit dossier par dossier depuis 2020.

GPON, XGS-PON : le débit annoncé est un débit partagé

Sur un arbre GPON classique, normalisé par l'ITU-T G.984, tous les abonnés raccordés au même coupleur se partagent 2,488 Gbit/s en descendant et 1,244 Gbit/s en montant. Un opérateur qui vend du 1 Gbit/s sur cette base vend une capacité crête, pas une capacité garantie. Aux heures creuses vous l'atteindrez, un dimanche soir beaucoup moins.

Le fonctionnement est asymétrique jusque dans son principe. En descendant, l'OLT diffuse à 1490 nm vers tous les ONT de l'arbre, les trames étant chiffrées en AES et identifiées par un GEM Port ID que seul l'ONT destinataire exploite. En montant, à 1310 nm, les ONT ne peuvent pas émettre en même temps sans se brouiller dans le coupleur : l'OLT distribue des créneaux d'émission par un mécanisme d'allocation dynamique appelé DBA.

Le XGS-PON (G.9807.1) apporte 10 Gbit/s symétriques en utilisant d'autres longueurs d'onde, 1577 nm en descendant et 1270 nm en montant. Ces canaux cohabitent sur la même fibre que le GPON grâce au multiplexage en longueur d'onde, ce qui permet aux opérateurs de migrer un arbre sans retirer un seul câble : il suffit d'ajouter une carte à l'OLT et de remplacer l'ONT du client. Free a de son côté déployé du 10G-EPON (IEEE 802.3av) pour son offre à 8 Gbit/s, une norme IEEE et non ITU, avec les mêmes fenêtres optiques.

NormeRéférenceDescendantMontantLongueurs d'onde
GPONITU-T G.9842,488 Gbit/s1,244 Gbit/s1490 / 1310 nm
XG-PON1ITU-T G.98710 Gbit/s2,5 Gbit/s1577 / 1270 nm
XGS-PONITU-T G.9807.110 Gbit/s10 Gbit/s1577 / 1270 nm
10G-EPONIEEE 802.3av10 Gbit/s1 ou 10 Gbit/s1577 / 1270 nm
NG-PON2ITU-T G.9894 x 10 Gbit/s4 x 2,5 ou 10 Gbit/sCanaux accordables, 1596 à 1603 nm en descendant

Latence et débit réel : ce que vous mesurez vraiment

La lumière ne va pas à 300 000 km/s dans du verre. L'indice de réfraction d'une silice monomode tourne autour de 1,47, ce qui donne une vitesse de propagation d'environ 204 000 km/s, soit 5 µs par kilomètre. Vingt kilomètres de fibre entre le NRO et votre prise ajoutent donc à peine 0,2 ms d'aller-retour. Autant dire rien.

Le gain de latence face à l'ADSL ne vient donc pas de la fibre elle-même mais de ce qu'on a supprimé : l'entrelacement DSL, une protection contre le bruit impulsif qui ajoutait couramment 8 à 16 ms, et les traitements de modulation associés. En pratique, un `ping -c 20 1.1.1.1` depuis un poste en Ethernet donne 1 à 5 ms sur une bonne ligne FTTH, contre 25 à 50 ms sur de l'ADSL entrelacé. Pour situer d'où vient une latence anormale, `mtr 1.1.1.1` montre à quel saut elle apparaît : si le premier bond, la box, répond déjà en 30 ms, le problème est chez vous.

Trois causes expliquent la majorité des écarts entre débit souscrit et débit mesuré. Le Wi-Fi d'abord : un lien Wi-Fi 5 en 2x2 sur 80 MHz plafonne autour de 400 à 600 Mbit/s réels, donc un test de débit fait au téléphone ne mesure pas votre fibre. Le protocole ensuite : pour saturer 1 Gbit/s avec 10 ms de temps d'aller-retour, une connexion TCP doit maintenir une fenêtre de 1,25 Mo, ce qu'un vieux serveur ou un client mal réglé ne fait pas. Le montant enfin, souvent bridé à 300 ou 700 Mbit/s sur les offres GPON à 1 Gbit/s. Testez en Ethernet, avec plusieurs flux : `iperf3 -c -P 8 -t 30`.

Ce que la fibre change côté adressage IP

Le passage en FTTH modifie la façon dont votre accès obtient son adresse. Chez Orange, la Livebox s'authentifie en 802.1X avec un certificat client, puis récupère son adresse en DHCP sur le VLAN 832 pour internet, le VLAN 840 étant réservé à la TV et le 851 à la téléphonie. C'est la raison pour laquelle brancher un routeur tiers sur une ligne Orange FTTH demande de récupérer ce certificat, alors qu'un accès en PPPoE se contentait d'un identifiant et d'un mot de passe. Autre conséquence pratique : sans encapsulation PPPoE, la MTU repasse à 1500 octets au lieu de 1492.

Sur la partie IPv4, la fibre n'apporte aucune garantie d'adresse publique dédiée. Selon l'opérateur et l'offre, vous obtenez soit une IPv4 complète, soit une adresse partagée derrière du CGNAT avec une plage de ports attribuée, ce qui interdit l'ouverture de ports arbitraires et complique l'auto-hébergement. Vérifiez ce point avant de compter sur une redirection de port.

En IPv6, en revanche, les accès FTTH français sont natifs et délèguent un préfixe entier par DHCPv6-PD, en général un /56 ou un /60 selon l'opérateur. Chaque machine du réseau local dispose alors d'une adresse publique routable, ce qui change complètement la logique de filtrage : le pare-feu de la box devient le seul point de contrôle, il n'y a plus de NAT pour masquer quoi que ce soit.

Diagnostiquer une panne fibre avant d’appeler le support

Le symptôme le plus courant est un voyant rouge ou clignotant sur l'ONT accompagné de la mention LOS, pour Loss Of Signal : plus aucune lumière n'arrive. Avant de conclure à une coupure réseau, regardez la puissance optique reçue, que la plupart des box affichent dans leur interface de diagnostic. Sur une classe B+, un ONT accepte typiquement entre -8 et -27 dBm. À -29 dBm, la ligne décroche par intermittence sans jamais tomber franchement, ce qui donne des micro-coupures difficiles à faire reconnaître.

Les causes les plus fréquentes, dans l'ordre où il faut les vérifier :

  • Jarretière pliée ou coincée derrière un meuble : une fibre G.657.A2 tolère un rayon de courbure de 7,5 mm, mais un câble écrasé à angle droit derrière une plinthe perd plusieurs dB.
  • Connecteur SC/APC encrassé : une trace de doigt sur la ferrule suffit à faire chuter le signal. Un stylo nettoyeur optique règle le problème en trois clics, un chiffon le rend pire.
  • Jarretière débranchée dans l'armoire lors d'une intervention chez un voisin : la panne apparaît alors sans qu'aucune manipulation n'ait eu lieu chez vous.
  • Prise PTO mal enclenchée après un déplacement de mobilier ou un ménage.
  • Coupure réelle sur le réseau, à confirmer via la page d'incidents de votre opérateur ou l'application dédiée.

Questions fréquentes

Pourquoi mon débit fibre est-il inférieur à celui annoncé ?

Parce que le débit vendu est une capacité crête sur une infrastructure partagée. Un arbre GPON distribue 2,488 Gbit/s entre 32 ou 64 abonnés, donc la charge du voisinage joue. S'ajoutent trois facteurs locaux : le Wi-Fi, qui plafonne bien en dessous du gigabit, le serveur de test, et le nombre de flux TCP utilisés. Refaites la mesure en Ethernet avec plusieurs connexions simultanées avant de contacter le support.

Passer à la fibre change-t-il mon adresse IP ?

Oui, presque toujours. Le raccordement FTTH crée un nouvel accès sur un autre équipement d'agrégation, avec une adresse IPv4 différente et un préfixe IPv6 délégué. Selon l'opérateur, cette IPv4 peut être partagée entre plusieurs abonnés via du CGNAT, auquel cas seule une plage de ports vous est attribuée. Si vous hébergez un service à la maison, demandez confirmation avant de résilier votre ancien accès.

Quelle est la différence entre une fibre FTTH et une fibre dédiée FTTO ?

Le FTTH est mutualisé : votre signal traverse un coupleur partagé avec d'autres abonnés et le débit n'est pas garanti. Le FTTO, ou fibre dédiée, est un lien point à point sans coupleur, avec un débit symétrique garanti et une garantie de temps de rétablissement contractuelle, souvent 4 heures ouvrées. La différence de prix, d'un ordre de grandeur, vient de là et non de la vitesse maximale.

Que veut dire le voyant LOS rouge sur ma box fibre ?

LOS signifie Loss Of Signal : l'ONT ne reçoit plus de lumière de l'OLT. Vérifiez d'abord la jarretière entre la prise murale et la box, son état de courbure et la propreté du connecteur vert SC/APC. Si la puissance optique affichée dans l'interface de la box descend sous -27 dBm ou n'apparaît plus du tout, la coupure est en amont et relève de l'opérateur d'infrastructure.

Le réseau cuivre va-t-il vraiment fermer ?

Oui, par lots géographiques. Orange a arrêté progressivement la commercialisation de nouvelles lignes cuivre, puis engagé les fermetures techniques, le premier lot de 162 communes ayant été coupé début 2025. L'extinction complète est programmée pour fin 2030. Concrètement, l'ADSL et le VDSL2 disparaîtront commune par commune, avec un préavis publié par l'opérateur et suivi par l'Arcep.

Testez vos connaissances

Quiz rapide Question 1 sur 3

Quelle capacité descendante un arbre GPON (ITU-T G.984) partage-t-il entre ses abonnés ?

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