Ethernet Virtual Circuit (EVC) : le service Ethernet opérateur, attribut par attribut

Un Ethernet Virtual Circuit (EVC) est la connexion logique de niveau 2 qu'un opérateur établit entre deux points de raccordement client ou plus, à travers un réseau dont vous ne voyez pas la topologie, avec un débit et un mapping VLAN contractuels. Le terme normalisé par le MEF Forum est Ethernet Virtual Connection ; le mot « circuit » vient du vocabulaire ATM et désigne chez Cisco une architecture logicielle de manipulation des balises VLAN.

EVC : le contrat, pas le câble

Vous commandez une liaison entre votre siège à Lille et votre baie à Roubaix. L'opérateur vous livre deux prises, une à chaque bout. Entre les deux il y a son réseau, que vous ne verrez jamais. L'EVC est l'objet qui décrit ce que ce réseau s'engage à faire de vos trames Ethernet : lesquelles il accepte, à quel débit, vers quels autres points de raccordement il les restitue.

Le MEF Forum, qui normalise le Carrier Ethernet, parle d'Ethernet Virtual Connection et la définit comme une association de deux UNI ou plus. L'UNI (User Network Interface) est le point de démarcation entre votre équipement et celui de l'opérateur. Trois règles caractérisent l'EVC : une trame n'est jamais rendue à l'UNI d'où elle vient, elle n'est livrée qu'à des UNI membres du même EVC, et elle ressort inchangée à l'exception éventuelle des balises VLAN. Les attributs sont listés dans MEF 10.3, les services associés dans MEF 6.2.

Le mot « circuit » est un héritage. Avant Ethernet, on achetait des PVC Frame Relay identifiés par un DLCI, ou des circuits ATM en VPI/VCI. Le vocabulaire est resté chez les opérateurs français et chez Cisco, qui appelle EVC infrastructure son architecture de service instances. Les deux emplois du sigle ne désignent pas la même chose, la section sur les confusions y revient.

Trois topologies, six services au catalogue

Un EVC point à point relie exactement deux UNI : c'est E-Line. Un EVC multipoint en relie deux ou plus et se comporte comme un commutateur distribué : c'est E-LAN. Un EVC racine-feuilles interdit le trafic direct entre feuilles : c'est E-Tree, la topologie du hub-and-spoke et des offres mutualisées où les clients ne doivent pas se voir entre eux.

Sur cette base, MEF 6.2 décline six services selon que le port est dédié à un seul EVC (préfixe EP, mode all-to-one bundling) ou partagé entre plusieurs EVC distingués par le VLAN client (préfixe EVP). MEF 26.2 ajoute la famille E-Access, pour le cas où deux opérateurs se raccordent via une ENNI.

La distinction EP / EVP est celle qui coûte le plus cher quand elle est mal comprise au moment de la commande. Un EPL transporte tout ce qui entre sur le port, trames non balisées comprises, sous réserve du traitement des L2CP négocié. Un EVPL sur lequel vous n'avez fait mapper que le VLAN 100 laisse tomber le reste, silencieusement.

ServiceType d'EVCNombre d'UNIMultiplexage par VLANUsage typique
EPLE-Line2Non (all-to-one)Remplacement d'une liaison louée
EVPLE-Line2OuiPlusieurs destinations sur un seul port
EP-LANE-LAN2 ou plusNonLAN étendu multi-sites
EVP-LANE-LAN2 ou plusOuiLAN étendu + accès internet sur le même port
EP-TreeE-Tree2 ou plusNonCollecte hub-and-spoke, agences vers datacenter
EVP-TreeE-Tree2 ou plusOuiMutualisation multi-clients sans visibilité croisée

Les attributs qui font foi dans le contrat

Un EVC ne se résume pas à un débit et deux adresses de site. Les paramètres suivants sont ceux qui déterminent si le service fonctionnera avec votre configuration réelle, et ce sont ceux à faire écrire noir sur blanc.

Le profil de bande passante applique un compteur à deux seaux dérivé du two rate three color marker de la RFC 2698. Ce qui tient dans le CIR est vert et livré, ce qui dépasse mais reste sous l'EIR est jaune et livré en meilleur effort, le reste est rouge et écarté dès l'entrée. Piège classique : le CBS doit valoir au moins la taille de trame maximale. Réglez un CIR de 100 Mbit/s avec un CBS de 1 000 octets sur un service à 1 522 octets de MTU, et aucune trame pleine ne sera jamais conforme. Vous obtiendrez une perte permanente sur les gros transferts alors que les compteurs d'interface du CPE resteront propres.

La MTU est l'autre source d'incidents. Une trame Ethernet non balisée fait 1 518 octets FCS comprise, 1 522 avec une balise 802.1Q, 1 526 avec deux balises en QinQ. Si vous transportez un trunk client dans un EVC et que l'opérateur n'a provisionné que 1 522 octets, l'ajout de son S-Tag 802.1ad (TPID 0x88A8, contre 0x8100 pour la balise client) fait déborder vos trames pleines. Demandez la valeur explicitement, 1 600 et 2 000 octets sont des paliers courants, et vérifiez-la avant bascule avec `ping -M do -s 1472 ` sous Linux, qui produit un paquet IP de 1 500 octets interdit de fragmentation.

Le nombre d'EVC supportés par port n'est pas normalisé : il dépend du modèle d'équipement d'accès de l'opérateur et de son provisioning. C'est une question à poser, pas une valeur à supposer.

  • CE-VLAN ID/EVC map : la table qui dit quel VLAN client entre dans quel EVC. En all-to-one bundling, tous les VLAN et le trafic non balisé vont dans un EVC unique.
  • CE-VLAN ID preservation : si elle est active, le VLAN 100 que vous émettez ressort en VLAN 100 à l'autre bout. Sinon l'opérateur se réserve le droit de le réécrire.
  • CE-VLAN CoS preservation : la même garantie pour les trois bits de priorité 802.1p.
  • Profil de bande passante : CIR, CBS, EIR, EBS, plus les drapeaux CF et CM, appliqués par UNI, par EVC ou par classe de service.
  • Traitement des L2CP : ce que devient un BPDU spanning tree, une trame LACP ou un LLDP. Rejet, transfert transparent ou encapsulation.
  • Objectifs de performance : délai de transit, variation de délai, taux de perte de trames et disponibilité, mesurés sur une fenêtre définie.

Ne pas confondre avec le VLAN, le pseudowire ni l’OVC

Un VLAN est une balise de 12 bits dans l'en-tête d'une trame et un domaine de diffusion local, avec 4 094 identifiants utilisables. Un EVC est un service qui traverse un réseau opérateur et qui peut regrouper plusieurs VLAN client. Les deux se rencontrent au niveau du CE-VLAN ID/EVC map, mais le VLAN décrit un encodage, l'EVC décrit un engagement.

L'EVC ne dit rien non plus de la technologie de transport. Le même E-Line peut être réalisé par un pseudowire Ethernet sur MPLS (RFC 4448), le même E-LAN par du VPLS (RFC 4762 en signalisation LDP, RFC 4761 en BGP) ou par de l'EVPN (RFC 7432). Le client voit un service, l'opérateur choisit le mécanisme, et il en change parfois sans que vous soyez averti. Si votre supervision surveille un VC ID de pseudowire, elle surveille l'implémentation, pas le service.

Quand deux opérateurs se raccordent pour livrer un site hors de la zone de l'un d'eux, le segment porté par l'opérateur d'accès s'appelle OVC (Operator Virtual Connection), défini dans MEF 26.2, et le point de raccordement s'appelle ENNI. Vous achetez un EVC de bout en bout, il est composé de plusieurs OVC. Cela explique pourquoi une panne peut être imputée à un acteur que vous n'avez pas au contrat.

Enfin, chez Cisco, EVC infrastructure désigne un modèle de configuration logiciel, pas un service opérateur. On y déclare des service instances sous une interface physique, avec des règles d'encapsulation et de réécriture de balises. Un routeur peut donc parler d'EVC sans qu'aucun opérateur ne soit impliqué.

Configurer côté client, faire prouver côté opérateur

Sur un routeur Cisco IOS-XE raccordé à un EVPL sur le VLAN 100, la déclaration minimale ressemble à ceci :

Ce bloc dit trois choses : ce qui arrive balisé 100 sur ce port appartient au service 100, la balise est retirée en entrée et remise en sortie grâce à `symmetric`, et le tout est rattaché au bridge-domain 100. Oublier `symmetric` est l'erreur la plus fréquente. Le trafic part correctement et ne revient pas, ce qui ressemble à une panne opérateur alors que le retour est simplement émis sans balise.

Pour l'état réel du service, `show ethernet service instance id 100 interface GigabitEthernet0/0/1 detail` donne les compteurs et le statut. Côté supervision de bout en bout, trois briques normalisées existent et méritent d'être demandées à la commande : IEEE 802.1ag avec ITU-T Y.1731 pour le CFM (loopback, linktrace, mesure de délai et de perte via DMM et LMM), IEEE 802.3ah pour l'OAM du lien d'accès, et E-LMI (MEF 16) pour que l'équipement opérateur remonte automatiquement au CPE l'état de l'EVC et la table CE-VLAN.

À la livraison, exigez un rapport de test d'activation. La RFC 2544 mesure débit, latence, gigue et perte, mais un service à la fois et lentement. ITU-T Y.1564, appelé EtherSAM, teste plusieurs services en parallèle et valide directement le CIR et l'EIR annoncés, classe de service par classe de service. C'est ce rapport-là qui sert de référence le jour où vous contestez une dégradation.

  • interface GigabitEthernet0/0/1
  • service instance 100 ethernet
  • encapsulation dot1q 100
  • rewrite ingress tag pop 1 symmetric
  • bridge-domain 100

Testez vos connaissances

Quiz rapide Question 1 sur 3

Combien d'UNI un service de type E-Line relie-t-il ?

Questions fréquentes

Quelle différence entre un EVC et un VLAN ?

Le VLAN est une balise de 12 bits transportée dans la trame et un domaine de diffusion, limité à 4 094 identifiants par domaine. L'EVC est un service contractuel entre deux UNI ou plus, à travers un réseau opérateur. Un EVC peut transporter un seul VLAN client, plusieurs, ou la totalité du port. Le lien entre les deux notions s'appelle le CE-VLAN ID/EVC map.

Un EVC garantit-il le débit annoncé ?

Le CIR est garanti, l'EIR ne l'est pas. Un service vendu 100 Mbit/s CIR + 900 Mbit/s EIR sur un port gigabit vous donne 100 Mbit/s protégés ; le reste est marqué jaune et écarté en priorité dès que le réseau opérateur est chargé. Regardez aussi si le profil s'applique par EVC, par UNI ou par classe de service, ce n'est pas la même chose quand plusieurs EVC partagent un port.

Pourquoi mon trunk 802.1Q ne traverse pas l’EVC ?

Trois causes couvrent la majorité des cas. Le service commandé est un EVPL avec un seul VLAN mappé, donc les autres sont écartés. La CE-VLAN ID preservation n'est pas active et l'opérateur réécrit les identifiants. Ou la MTU provisionnée est de 1 522 octets alors que vos trames balisées, une fois le S-Tag opérateur ajouté, atteignent 1 526 octets. Faites vérifier ces trois attributs avant de chercher côté commutateur.

Combien de sites peut-on relier dans un même EVC ?

Un E-Line relie exactement deux UNI, par définition. Un E-LAN ou un E-Tree en relie deux ou plus, sans limite fixée par la norme. La limite réelle est celle de la table d'adresses MAC des équipements et du volume de diffusion : un E-LAN se comporte comme un commutateur unique, donc chaque broadcast part vers tous les sites.

Un EVC est-il équivalent à un VPN MPLS ?

Non. Un VPN MPLS L3 (modèle RFC 4364) route des paquets IP et l'opérateur participe à votre plan d'adressage et à votre routage. Un EVC commute des trames Ethernet et reste transparent au niveau 3 : vous gardez votre routage, votre adressage, et vos protocoles de niveau 2 si le traitement des L2CP le permet. La technologie sous-jacente peut pourtant être du MPLS dans les deux cas.

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