Câble Ethernet : bien le choisir, et le diagnostiquer

Quatre paires, huit fils, beaucoup de torsades

Ouvrez une gaine : huit conducteurs de cuivre groupés en quatre paires, chacune torsadée à un pas différent. Ce pas irrégulier n'a rien de décoratif, il limite la diaphonie entre paires voisines. L'impédance visée est de 100 ohms, valeur commune à toutes les catégories.

Le diamètre compte aussi. Un Cat5e est généralement en 24 AWG, un Cat6 ou Cat6a en 23 AWG, plus épais donc moins résistif. Les cordons de brassage sont multibrins pour encaisser les flexions, les câbles de rocade posés en chemin de câbles sont monobrins et se dénudent proprement sur une prise à contacts autodénudants.

Méfiez-vous des câbles CCA, cuivre plaqué aluminium, vendus au tiers du prix. Leur résistance linéique dépasse ce que prévoit la norme. La portée en souffre, et l'affaire devient franchement mauvaise dès qu'on alimente un équipement par le câble.

Ce que la catégorie change vraiment

La catégorie décrit la bande passante transportée sans dégradation, pas un débit garanti. Un Cat6a certifié à 500 MHz n'accélère rien tout seul, il autorise un codage plus dense sur la même paire de cuivre.

L'écart utile entre Cat5e et Cat6a n'apparaît qu'au-delà du gigabit. Si vos ports de switch et vos cartes réseau plafonnent à 1 Gb/s, un Cat5e correctement posé fait exactement le même travail, y compris pour du 2,5 Gb/s sur 100 m depuis la norme 802.3bz de 2016. Dès qu'arrive une borne Wi-Fi 6 ou 7 multigigabit, ou un NAS à 10 Gb/s, la catégorie devient déterminante.

Le Cat7 est le point de confusion le plus fréquent. C'est une classe ISO/IEC (classe F), pensée à l'origine pour des connecteurs GG45 ou TERA, que l'ANSI/TIA n'a jamais reconnue pour le RJ45. Un cordon « Cat7 » terminé en RJ45, comme on en trouve partout en ligne, ne correspond à aucune norme de liaison complète. Pour du 10 Gb/s sur 100 mètres, la réponse normalisée est le Cat6a.

CatégorieBande passanteDébit tenuUsage typique
Cat5e100 MHz1 Gb/s sur 100 m, 2,5 Gb/s sur 100 mLogement, VoIP, poste de travail
Cat6250 MHz1 Gb/s sur 100 m, 10 Gb/s sur 37 à 55 mBureau, liaison entre switches
Cat6a500 MHz10 Gb/s sur 100 mNAS, borne Wi-Fi 6/7, coeur de réseau
Cat7 / Cat7a600 à 1000 MHz10 Gb/s sur 100 mClasse ISO F/FA, hors norme TIA en RJ45
Cat82000 MHz25 et 40 Gb/s sur 30 m maximumBaie à baie, datacenter

Cent mètres, blindage et alimentation par le câble

La limite des 100 mètres n'est pas un ordre de grandeur, c'est la longueur de canal définie par les normes de câblage : 90 mètres de monobrin entre le bandeau de brassage et la prise murale, plus 10 mètres cumulés de cordons aux deux extrémités.

Au-delà, le lien ne s'éteint pas d'un coup, il se dégrade. La négociation retombe, les erreurs CRC grimpent, des paquets se perdent de façon intermittente. Pour aller plus loin, vous insérez un switch intermédiaire ou vous passez en fibre. Certains switches proposent un mode « extended range » à 10 Mb/s jusqu'à 250 mètres, acceptable pour une caméra isolée, pas pour un poste de travail.

Le blindage se choisit selon l'environnement. En logement ou en bureau, du U/UTP suffit. Le long d'un chemin de câbles électriques, en atelier, près d'un moteur ou d'un onduleur, un F/UTP ou un S/FTP se justifie, à condition de reprendre la masse aux deux bouts avec des connecteurs et un bandeau blindés. Un blindage raccordé d'un seul côté se comporte en antenne et fait plus de mal que de bien.

Le même câble peut alimenter l'équipement qu'il raccorde. Le 802.3af délivre 15,4 W au port du switch, le 802.3at 30 W, le 802.3bt monte à 90 W au port pour 71,3 W disponibles côté équipement. À ces puissances, la résistance du câble devient une source de chaleur : c'est précisément là que le CCA et les gros toronnages serrés dans une même goulotte se retournent contre vous.

Brochage T568A ou T568B, droit ou croisé

Deux ordres de couleurs coexistent, T568A et T568B. Ils sont électriquement équivalents. Ce qui compte, c'est d'utiliser le même aux deux extrémités et, idéalement, sur tout le site. Voici l'ordre T568B, le plus répandu dans les installations récentes en France :

Le T568A reprend la même liste en échangeant les paires orange et verte. Un câble croisé, c'est un T568A d'un côté et un T568B de l'autre. Vous n'en avez plus l'usage : toutes les interfaces gigabit du marché intègrent l'Auto MDI-X et retournent les paires d'elles-mêmes.

Au sertissage, ne détorsadez pas plus de 13 mm de paire en Cat5e, et le moins possible en Cat6. C'est la première cause de cordons faits maison qui passent le test de continuité et échouent au test de performance.

  • Broche 1 : blanc/orange
  • Broche 2 : orange
  • Broche 3 : blanc/vert
  • Broche 4 : bleu
  • Broche 5 : blanc/bleu
  • Broche 6 : vert
  • Broche 7 : blanc/marron
  • Broche 8 : marron

Quand le lien va mal : diagnostiquer le câble

Le symptôme le plus parlant, vous le croiserez tôt ou tard : un lien qui négocie à 100 Mb/s alors que les deux extrémités sont gigabit. Le 100BASE-TX n'utilise que les paires des broches 1-2 et 3-6, le 1000BASE-T exige les quatre. Un lien coincé à 100 Mb/s trahit donc presque toujours une paire coupée, écrasée ou mal sertie sur les broches 4-5 ou 7-8. Ce n'est pas un problème de configuration.

Sous Linux, `ethtool eth0` affiche la vitesse et le duplex négociés, `ip -s link show eth0` remonte les compteurs d'erreurs, et `ethtool --cable-test eth0` lance une réflectométrie sur les pilotes qui la prennent en charge : il vous rend l'état de chaque paire et la distance approximative du défaut. Côté Cisco, `show interfaces status` puis `test cable-diagnostics tdr interface` donnent la même chose.

Des erreurs CRC qui augmentent sans que le lien tombe pointent vers un câble trop long, un blindage mal repris ou une paire abîmée par une agrafe. Avant de suspecter le switch, échangez le cordon de brassage. Sur le terrain, il est en cause bien plus souvent que l'électronique.

Un câble Ethernet relie deux équipements réseau par quatre paires de cuivre torsadées terminées en RJ45, sur une portée normalisée de 100 mètres. La catégorie (Cat5e, Cat6, Cat6a, Cat8) fixe la bande passante que le câble transporte proprement, donc le débit qu'il tient réellement sur cette distance.

Questions fréquentes

Un câble Cat6 accélère-t-il ma connexion internet ?

Non. Le câble ne crée pas de débit, il transporte celui que fournissent votre abonnement et vos équipements. Si votre box délivre 500 Mb/s, un Cat5e en bon état les passe déjà intégralement. Le gain de catégorie ne se voit que sur des liens internes plus rapides que le gigabit : NAS, serveur, borne Wi-Fi multigigabit.

Faut-il encore un câble croisé entre deux ordinateurs ?

Non. Toutes les interfaces gigabit intègrent l'Auto MDI-X, qui détecte et inverse les paires automatiquement. Un câble droit standard relie sans problème deux PC, deux switches ou un switch et un routeur. Les câbles croisés ne servent plus que sur du matériel ancien en 10 ou 100 Mb/s.

Que se passe-t-il si je dépasse 100 mètres ?

Le lien peut monter quand même, puis se dégrader de façon aléatoire : chute de la vitesse négociée, erreurs CRC, coupures intermittentes sous charge. Rien ne vous prévient proprement. Les solutions propres sont un switch intermédiaire, un lien fibre, ou un mode longue distance à 10 Mb/s si l'équipement du bout se contente de ce débit.

Cat6a ou Cat7 pour une nouvelle installation ?

Cat6a. Il tient 10 Gb/s sur 100 mètres et il est reconnu par l'ANSI/TIA comme par l'ISO avec des connecteurs RJ45 standards. Les cordons vendus en Cat7 avec RJ45 sortent du cadre normatif, sans gain mesurable en pratique. Le Cat8 n'a de sens qu'en baie, sur des liaisons de 30 mètres au maximum.

Puis-je faire passer deux liens dans un seul câble avec un dédoubleur ?

En 10 ou 100 Mb/s, oui : ces débits n'utilisent que deux paires, un dédoubleur exploite les deux autres. En gigabit, non, le 1000BASE-T occupe les quatre paires simultanément. Un dédoubleur sur un lien gigabit force le lien à 100 Mb/s, ou le fait échouer.

Testez vos connaissances

Quiz rapide Question 1 sur 3

Quelle est la longueur maximale normalisée d'un canal Ethernet en cuivre ?

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